Equilibre Instable

EI. 2 Plus de roi en Enfer

Après une longue nuit sans fin, les orages étaient enfin passés. Il ne restait plus dans l’air qu’une odeur de goudron mouillé. Une légère brise soufflait et des rouleaux entiers de nuages noirs disparaissaient doucement à l’horizon, laissant place au soleil qui se levait. Quelques feuilles virevoltaient encore par endroit, vestiges de la violence de la nuit passée.
Là-haut, sur le toit du plus haut immeuble de la rue du Parc, Chris huma l’air profondément, comme à son habitude. Il aimait bien cette odeur d’humidité après la pluie, ce silence, ce genre de calme après la tempête. Mais aujourd’hui, le commandant de la Guilde Blanche n’en retirait pas autant de plénitude qu’habituellement. Il sentait au fond de lui que la tempête n’était pas vraiment terminée. C’était plutôt comme se trouver dans l’œil du cyclone en réalité.

Derrière lui, les autres membres de la Guilde s’étaient tous retrouver pour fêter leur dernière victoire sur l’Enfer. Iléna, une petite elfe haute comme trois pommes qui appartenait à la Brigade de Surveillance les avait rejoint. Elle était debout, grimpée sur un banc et s’appliquait à féliciter Mathieu pour ses exploits lors de son dernier combat.

« Bravo Mat ! », lui lança-t-elle de sa petite voix rieuse. Elle retira de sa minuscule tête un chapeau de cow-boy trois fois trop grand pour elle et lui fit une révérence. Puis elle reprit :
– Chapeau bas mon pote ! A la plus belle exécution de toute la Guilde, depuis sa création. Karinka, carrément ? T’as fait fort ! » Elle explosa de rire et se laissa retomber sur le banc sur lequel elle s’était hissée.

Tout le monde rigola et Mathieu, en guise de remerciement joignit les deux mains et s’inclina à son tour devant la minuscule mais néanmoins talentueuse Lumineuse, puis vers les autres. C’était un homme très grand et musclé, à la peau mate et avec de grands dreadlocks coiffés en catogan. Un vrai balèze au regard tout doux comme celui d’un chaton. Une brute au cœur tendre en somme. Et brutal, il pouvait l’être, effectivement. Comme quelques jours auparavant lors de son combat épique contre le roi de l’Enfer Karinka en personne.

Ça s’était passé le 15 novembre dernier. Karinka s’ennuyait apparemment et avait décidé de n’en faire qu’à sa tête, comme à son habitude. Il avait prit quelques démons avec lui et avait débarqué en surface dans la grande ville de Parienn, au niveau de l’une des plus grandes place de la ville, et l’une des plus fréquentées aussi. Puis il avait commencé à exploser tout ce qui s’y trouvait : véhicules, bâtiments, êtres vivants… La Guilde Blanche n’avait pas tardé à arriver, alertée par Ilena et ses hommes, et c’est de cette manière que Mathieu s’était retrouvé face à Karinka.

Ils s’étaient d’abord battus pendant de longues minutes à l’épée, jusqu’à ce que celle de Mathieu ne se brise près de la garde. Le roi était un adversaire extrêmement redoutable. Chris était à l’autre bout de la place à ce moment là, encerclé par des dizaines de greems dont il n’arrivait pas à se défaire. Mais il avait bien vu son ami en grande difficulté, privé de son arme, basculer en arrière, près à se faire transpercer par le roi des démons. Puis, tout à coup, Iléna avait réussi à détourner son attention. Ça n’avait duré que quelques secondes seulement mais ça avait suffit à Mathieu pour lui permettre de se redresser et reprendre le combat à mains nues cette fois.

Le roi n’allait pratiquement jamais en surface habituellement et tous les Lumineux savaient pertinemment qu’il était très difficile de l’arrêter une fois sa folie meurtrière réveillée. On dénombrait environ 127 morts à ce moment là. Et Az qui n’était même pas là… Chris savait qu’ils n’auraient pas le choix, il fallait saisir la moindre occasion pour arrêter ce massacre en tuant directement le roi. L’effet de surprise qui en suivrait déstabiliserait l’ennemi et leur permettrait de reprendre l’avantage. Mathieu frappait de toutes ses forces, c’était sa vie contre celle du démon, la vie d’innombrables innocents qu’il pouvait encore sauver. Il n’y avait pas à réfléchir. Il frappait, encore et encore, jusqu’à ce que Karinka recule enfin, trébuche et tombe à genoux devant lui. Là, il avait ramassé l’épée de son rival et après avoir cherché le regard approbateur de Chris toujours en proie avec ses propres adversaires, il avait transperçé le cœur du roi de l’Enfer.

Chris savait bien que c’était risqué, mais ce combat durait depuis trop longtemps, il y avait eu beaucoup de dégâts, et il restait encore de nombreuses heures de travail aux Lumineux afin de modifier la mémoires de tous les humains témoins et victimes de cette abominable scène. Il fallait faire un semblant de ménage dans ce chaos et surtout, trouver une bonne excuse plausible à tout cela. Karinka était allé beaucoup trop loin cette fois. Ils n’avaient pas eu le choix.
Azniel était apparu peu de temps après avec ses Nefastus. Il était confus, en colère aussi. Il avait expliqué que le roi avait volontairement détourné son attention pour aller faire « mumuse » à la surface. Il avait reprit le commandement des troupes et tous les Umbra étaient repartis par où ils étaient arrivés, ne laissant derrière d’eux qu’un champ de ruine empli de fumée et de cris.
La mort du roi avait été un sacré coup dur et depuis le 15, il n’y avait eu aucune attaque de démon nulle part sur toute la surface du globe. C’est pourquoi la Guilde Blanche avait décidé de s’accorder un petit moment de pause bien mérité. Ils avaient installés des bancs dès la fin de la pluie, montés quelques bières et avaient branché un poste pour écouter de la musique. Tout le monde paraissait heureux et détendu. Il faut dire que ça ne leur arrivait pas souvent d’avoir un peu de repos.

Seule Iris restait un peu à l’écart. C’était une grande femme métamorphe qui se transformait en une magnifique panthère noire. Elle avait une peau couleur ébène, elle était charismatique et très instinctive aussi. Elle se leva de cette manière si féline qui lui était propre et rejoignit Chris sur le bord du parapet.

« Tu ne devrais pas les laisser se disperser comme ça, lui reprocha-t-elle, sans préambule. Il faut que nous restions concentrés. Ce calme ne présage rien de bon. » Elle avait toujours une voix très calme Iris, une voix grave et profonde qui imposait le respect, bien que sans aucune méchanceté. Elle disait les choses simplement, et ces choses sonnaient telles des vérités non discutables. Elle avait sans doute raison, comme d’habitude. On était le 17, deux jours de silence radio entre l’Ombre et la Lumière. Non pas que cela soit vraiment grave pour le moment. Mais ça ne devait pas durer trop longtemps non plus, car si le bien reprenait le dessus sur le mal, cela perturberait l’Équilibre à nouveau. Et ce n’était pas envisageable. Sans compter le caractère revanchard des démons quand ils se décideraient enfin à ressortir de leur tanière. Ça allait être mouvementé dans les prochaines semaines…
Chris avait parfaitement conscience de tout cela. Il se tourna vers sa Guilde et les regarda rire et ne se soucier de rien d’autre que du volume de leur musique et son cœur se serra. Il voulait juste qu’ils puissent en profiter encore un peu. Une trêve dans cette guerre sans fin, un entracte dans cette mascarade de vie et de mort. Avant le retour en fanfare d’un nouveau roi sur le trône de l’Enfer, car c’est ce qui se tramait là, en-bas, il en était certain. Les plus grands démons se livraient une bataille acharnée pour savoir qui serait le plus apte à reprendre le commandement des Umbra. Quand aux sous-fifres, ils devaient jouer à retourner leur veste à qui mieux mieux afin de s’assurer une bonne place en haut de la hiérarchie.

Mais l’ange de la Guilde en était certain, Azniel ne laisserait pas les choses se passer de cette manière cette fois. Il pourrait lui-même revendiquer les pleins pouvoirs à vrai dire… Mais ce n’était pas vraiment son genre. Il préférait, et de loin, être le second, qui tire les ficelles dans l’ombre, plutôt que de se retrouver au centre de la cible. Aussi il ferait sûrement en sorte de placer lui-même quelqu’un sur le trône, afin de mieux pouvoir le contrôler, pour que plus jamais l’épisode de Parienn ne se reproduise. Et il lui faudrait le faire assez vite.

Chris se tourna de nouveau vers l’horizon en murmura à Iris :
« Ne t’en fais pas, laisse-les se reposer encore un moment. Nous serons prêt quand les combats reprendront… »
Puis, il regarda vers l’est, vers la zone industrielle abandonnée et murmura comme pour lui-même « allez, à toi de jouer Az ! »

Un petit commentaire ?

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s