Equilibre Instable

EI. 3 Mort Essentielle

C’était un fait, le Roi était mort et Azniel, le commandant des Nefastus devait le faire remplacer, au plus vite. Mais il ne pouvait pas compter sur qui que ce soit parmi les Umbra. Le seul moyen de trouver la personne qui convenait, c’était d’aller la chercher lui-même parmi les humains et de pêcher le bon. Mais ça, ce n’était pas un problème, il avait déjà son idée là-dessus.

La nuit s’était invitée de bonne heure encore ce soir-là. C’était une dure habitude de la fin de l’automne: le Soleil se couchait tôt, le vent glacial s’engouffrait dans les avenues, se glissait dans les rues, se faufilait dans les allées, soulevant les feuilles mortes et transportant des tourbillons de poussière froide d’un bout à l’autre de la ville. Puis il s’infiltrait insidieusement dans les vêtements et pénétrait les corps jusqu’aux os, ne laissant que cette étrange sensation d’être tellement fragile, tellement vulnérable.
L’automne, comme l’hiver faisaient rentrer les gens chez eux. Pourtant ils étaient plutôt bénéfiques. Au contraire de la chaleur moite de l’été qui embrumait les esprits et collait les corps, le froid vivifiait le corps et l’esprit. Mais pour l’heure, le tonus, les gens s’en fichaient un peu. Ils étaient tous rentrés chez eux se blottir contre leur radiateur et peu importait l’état de l’esprit, pourvu qu’ils aient chaud. Quand à l’ange noir, comme tous les êtres immortels, le froid n’avait aucune emprise sur lui. Il s’accroupit sur le toit, replia ses ailes dans son dos et attendit le bon moment. Il avait tout prévu, et si aucun des chevaliers Lumineux ne venait contrecarrer ses plans, alors l’Enfer aurait un nouveau Roi d’ici quelques heures.

Tout était calme, les rues désertes et les volets clos. Seule une 106 blanche roulait au pas en direction de la grande rue. Elle ralentit, s’arrêta face au bar et seul le bruit d’un frein à main se fit entendre. Un homme en descendit, le genre d’homme élancé et musclé, brun aux yeux noirs, ténébreux à souhait et mal rasé. Il attrapa une sacoche dans le coffre de sa voiture puis se dirigea tête baissée et mains enfoncées dans son blouson, vers la petite ruelle du presbytère.
Sa sacoche tenue en bandoulière se balançait au rythme de sa marche, souple et précise. Il ralentit le pas et s’arrêta au milieu de la chaussée, renifla, glissa une main dans sa sacoche et en ressortit de quoi fumer. Puis il se posta sous un porche, d’où personne ne pouvait le voir.

Un chat s’enfuit du mur où il trônait, un chien aboya au loin et une porte grinça. Azniel lui, n’avait pas bougé. Il attendait avec beaucoup de patience le moment où il pourrait ramener Grégoire en Enfer. Mais pour l’heure, celui-ci, après avoir pris son temps pour rouler sa cigarette, l’alluma et tira une longue bouffée qui lui brûla la gorge, puis il s’adossa à la porte derrière lui, basculant la tête en arrière, la nuit sans nuage s’offrant à lui. Quelques minutes passèrent et Grégoire se mit à arpenter la ruelle pour passer le temps. Quand il eut terminé sa clope, il l’écrasa d’un coup de talon sur le pavé et il regarda sa montre pour la troisième fois depuis qu’il était arrivé. Il devait être tard à présent.
Tout à coup, le silence fut brisé par une portière qui claqua dans la rue adjacente. Il entendit des pas se rapprocher. Quelqu’un tourna à l’angle de la rue et se dirigea vers lui.

Le commandant des Nefastus l’entendit aussi, il se releva promptement, s’adossa à une grande cheminée et scruta la ruelle avec beaucoup d’intérêt. Cela n’allait plus tarder à présent. En bas, une voix s’éleva:
 » Romain c’est toi ? T’as pris ton temps mon vieux !  »
Le nouvel arrivant marchait les mains dans les poches de son manteau, d’un pas décidé, droit vers Grégoire. Mais celui-ci n’arrivait pas distinguer clairement s’il s’agissait bien de son ami, à cause de la capuche relevée qui lui cachait le visage. Arrivé à quelques pas de Grégoire, l’inconnu retira sa main droite de sa poche. Grégoire n’eut que le temps de voir les deux prunelles brillantes de folie de l’homme encapuchonné et le reflet de la Lune dans le poignard qu’il tenait. L’inconnu se jeta sur lui et le lui planta dans l’abdomen, juste sous le sternum. Puis il essuya sa lame sur l’écharpe de sa victime, le regarda un instant et reprit sa route, aussi tranquillement que s’il venait d’acheter une baguette de pain… Tout c’était passé en moins d’une minute.

Grégoire, mortellement blessé porta la main à son ventre. Un liquide chaud et visqueux s’échappait de la plaie béante, s’écoulait entre ses doigts et tachait ses mains. Son sang se répandit sur le sol, au rythme des battements de son cœur qui commençait déjà à ralentir. Il avait beau appuyer de toutes ses forces sur son abdomen pour stopper l’hémorragie, rien n’y changeait, il se vidait littéralement de tout son sang. La douleur était telle que les larmes lui montèrent aux yeux. Puis, trop faibles pour le soutenir, ses jambes se dérobèrent sous lui, il se mit à trembler et s’accrocha comme il put aux marches d’un perron. Le froid lui sembla plus intense dans ses doigts collés par le sang, son souffle se fit plus court et son cœur ralentit encore. Puis enfin, il perdit connaissance…

C’est ce moment que choisit Azniel pour déplier ses ailes et sauter dans le vide, atterrissant souplement et sans un bruit devant le mort. Il s’accroupit devant lui et lui susurra :
 » Désolé cher Grégoire, mais j’ai besoin de toi…, ta mort était plus que nécessaire, tu viens de sauver l’Enfer ! »

Il est vrai qu’Azniel avait toujours eu un don pour ce genre de chose. Pouvoir choisir une personne et savoir qu’elle rôle elle pouvait jouer dans « l’autre » monde, dans Magicae. Si elle avait sa place ou non parmi les immortels et surtout en quelle créature elle pouvait être recyclée. Il était capable en quelques coups d’œil de savoir si une personne était bonne ou mauvaise, si elle était destinée à suivre le combat ou à rester dans l’ombre. Ce dont Chris lui, était totalement incapable, trop enclin à vouloir faire confiance à tout le monde, tout le temps.

Pourtant cette fois, il n’était pas aussi catégorique et ne cessait de se demander s’il ne faisait pas une grave erreur. Non pas que Grégoire n’ai pas le physique de l’emploi, car vu son parcours criminel de mortel, il ferait un parfait Roi pour les Ombres, mais Az n’aimait pas agir dans l’urgence, et il aurait bien aimé pouvoir avoir quelques jours de plus pour être certain de ce qu’il faisait. Malheureusement, il ne les avait pas. Il attrapa l’âme de Grégoire comme si celle-ci ne pesait rien et s’envola avec, en priant pour que tout se passe bien, laissant le corps charnel sur le pavé.

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