Equilibre Instable

EI. 8 Avancer, 1 ère partie

Romane pensait qu’au bout de pratiquement une semaine, elle n’aurait plus que quelques souvenirs vagues, comme le matin quand on se lève et qu’on oublie peu à peu le rêve que l’on était en train de faire. Mais en réalité, elle revivait chaque jour la même scène. Ce moment où le gendarme lui annonçait que le garçon qu’elle pensait être l’homme de sa vie était en réalité un assassin, violeur de jeunes filles, et que si personne ne lui avait réglé son compte ce soir là, elle aurait pu être la prochaine sur sa liste. Elle en faisait même des cauchemars à base de visage de diable et de rires sardoniques…

La nouvelle avait été rendue publique au bout de quelques jours. Les médias s’étaient emparés de l’affaire, telles une bande de charognards sur une carcasse putréfiée. Son nom pourtant n’avait pas été révélé. Mais la photo de l’homme que lui avaient montré les deux gendarmes l’autre soir faisait désormais parti de son quotidien. Partout où elle posait les yeux, elle voyait son regard posé sur elle. A la télévision, dans les journaux, mais aussi sur les premières pages de magazines à sensations exposés dans les vitrines des libraires. Même mort il la poursuivait.

A côté de lui, le visage d’un autre homme plus jeune, Romain, que la police avait décrit comme étant son cousin et son complice. Ils se ressemblaient beaucoup tous les deux, ils étaient tous les deux bruns aux yeux marrons, les cheveux dégradés et le visage fin, voir émacié pour Romain. On pouvait tout de suite deviner qui menait la barque dans leur duo, rien qu’en les regardant. Alors que Grégoire avait un regard ténébreux, voir terriblement cruel, Romain lui, semblait beaucoup plus doux, plus faible.
C’est d’ailleurs ce qui ressortait finalement de toute cette histoire. Romain devait préparer les planques, trouver du matériel quand il y en avait besoin, kidnapper les filles… Les enterrer aussi… Alors que Grégoire les appâtait, les violait et les torturait jusqu’à ce qu’elles en meurent. Un monstre. Romane, avait toujours de terribles frissons quand elle pensait à ça. Et puis un jour, le jeune Romain en avait eu marre, avait tendu un piège à son acolyte et l’avait poignardé avant de se donner lui-même la mort en laissant un mot d’explications et toutes les preuves nécessaires à la police, même l’emplacement d’autres corps et des photos de la jeune fille qui montraient qu’ils la pistaient depuis plusieurs mois. Ça faisait vraiment froid dans le dos…

En ville, les gens ne parlaient plus que de ça… Même s’ils ne connaissaient pas les détails, ils trouvaient le moyen d’en rajouter des caisses, faisant leur propre version, comme si ce n’était pas suffisamment terrible comme ça. Mais elle préférait ça quelque part, ça lui évitait de penser qu’elle avait tout imaginé.

Une petite cérémonie avait été donnée en mémoire des victimes à la fin de l’enquête. Romane était passé y faire un tour, discrètement, comme pour essayer d’exorciser ses propres démons, les enterrer à jamais. Et voir une dernière fois les visages de toutes ces filles qui auraient très bien pu être elle. C’était une très jolie cérémonie en vérité. Beaucoup de fleurs, beaucoup de bougies, et des larmes aussi. Il y avait eu beaucoup de monde: les deux hommes qui étaient venus lui annoncer la mort de Grégoire notamment, mais aussi les familles des victimes et de nombreux badauds, venus les assurer de leur compassion, leur donner des conseils, des avis et beaucoup de tapes sur l’épaule. Ca dégoulinait d’hypocrisie mielleuse et diabétique. Elle avait même croisé deux camarades de son lycée qui en apparence étaient là pour soutenir les proches, mais qui en réalité, elle le savait bien, était juste venues pour éviter les cours et se faire bien voir. Quelles plaies !
Et puis il y avait eu cet homme aussi, resté en retrait et que Romane ne connaissait pas. Il était grand, blond, avec des yeux très clairs et une peau diaphane. Il tenait une rose blanche à la main mais n’était pas venu la déposer sur l’autel, il avait fait demi tour à la fin de la cérémonie et était reparti avec sa rose, aussi discrètement qu’il était venu. Cet homme l’avait marqué car elle avait lu énormément de douleur et de colère dans son regard, comme une forme d’impuissance et de regrets, bien qu’il ne semblait émaner de lui que de la bonté et de la bienveillance.

Madame Frémont avait vraiment bien fait les choses. C’était la femme qui avait découvert le corps de Grégoire, et c’est elle qui avait organisé tout ça. Bien sûr les familles s’étaient rependues en remerciements mais la vieille femme les avait balayé d’un geste de la main en leur rétorquant que c’était bien normal de les aider à traverser cette épreuve. Mais Romane se disait que c’était aussi pour surmonter son propre traumatisme d’avoir découvert un corps sans vie, et d’avoir sans le vouloir mit à jour toute cette histoire…

Tout était terminé maintenant et Romane, après avoir du beaucoup prendre sur elle, rentrait tranquillement sous la pluie fine qui tombait. Avec le vent, sa capuche ne tenait pas en place sur sa tête et au bout de 20 minutes, ses longs cheveux noirs furent trempés. Mais ça ne la dérangeait pas vraiment. Elle était perdue dans ses pensées, ses écouteurs sur les oreilles et ne faisait même pas attention à là où elle marchait. C’est ainsi que sans s’en rendre compte elle arriva jusque devant chez elle, deux mèches collées encadrant son visage inondé de pluie.

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