Equilibre Instable

EI. 8 Avancer, 2 nde partie

Le lundi matin, elle se réveilla étrangement sereine. Elle avait passé un week-end tout à fait maussade à cause de la pluie, et du fait qu’elle commençait sérieusement à s’ennuyer ferme dans l’appartement. Sa mère avait reprit le travail, et elle se retrouvait à tourner en rond, toute seule en regardant les notifications de son téléphone, sachant pertinemment qu’il ne se passerait plus rien du tout, et à entendre des bruits bizarres ou s’imaginer quelqu’un la regarder. Parce que oui, en prime, elle avait comme une impression que quelqu’un la surveillait. C’était absurde et sûrement dû au contre coup du traumatisme. Quand quelqu’un a essayé de vous tuer une fois, il est aisé de vous imaginer être persécuté, même par le silence. Aussi, le week-end avait été très long pour elle et Romane se réjouissait de pouvoir enfin retourner en cours. Non pas pour y retrouver de nombreux amis, car elle n’en avait pas tellement, mais surtout pour quitter l’appartement qu’elle ne supportait plus.

Après avoir prit une douche brûlante et une tasse de lait fumante au miel d’acacia, son pêché mignon, elle enfila son blouson, sauta dans ses pompes et partit pour sa première journée de cours après une semaine d’absence. Première journée de retour au lycée depuis la mort de Grégoire. Elle n’était pas anxieuse, même plutôt excitée, c’était bizarre comme sensation. En fait elle avait hâte de voir si elle était capable de reprendre une vie normale, comme s’il ne s’était rien passer. Au fond, elle était surtout toujours en colère contre elle-même d’être traumatisée à ce point et d’avoir été aussi naïve, et ce qu’elle souhaitait c’était se prouver à elle-même qu’elle s’était endurcie et qu’on ne l’y reprendrait plus. Mais il n’est jamais bon de se mentir à soi-même…

Au fur et à mesure que Romane s’approcha du lycée, l’angoisse monta en elle comme des racines sorties du sol qui lui agrippaient les pieds pour l’empêcher d’avancer. Son cœur battait plus fort dans ses tempes que ses bottes sur le pavé et ses mains, toutes moites, tremblaient. Plus elle se rapprochait, plus elle avait l’impression d’entendre des murmures sur son passage. La colère, l’angoisse ressurgirent et l’envahirent, l’étranglant presque. Et si quelqu’un était au courant ? Et s’ils faisaient semblant de ne pas savoir ce qui c’était passé ? Et si les profs voulaient lui en parler en cours ? Parce qu’ils devaient être au courant eux, non ? Elle n’arrivait plus à penser et avait l’impression d’étouffer. La journée allait être très longue si ça démarrait comme ça. Disparaître dans un trou de souris, ça aurait vraiment été idéal à cet instant précis. Pourtant encore une fois, elle prit sur elle, inspira profondément, entra dans le lycée et fit comme si tout allait à peu près bien.

La journée ne se passa finalement pas si mal que ça. Elle s’était prit la tête avec les deux filles qu’elle avait croisé à la cérémonie d’hommage et qui lui avait posé un peu trop de questions à son goût et le prof de philo tenait particulièrement à lancer un débat sur le deuil et le rapport qu’ont les gens avec la mort, mais dans l’ensemble ça avait été.

A 15H30, en EPS, elle pu s’isoler un peu en endurance en bouchant ses oreilles avec ses écouteurs et en faisant des tours de terrains sans que personne ne vienne l’importuner. Sa prof laissa faire, voyant qu’elle n’était pas au top niveau moral et pensant que c’était sûrement ce qu’il lui fallait.En effet, à ses yeux, courir était le meilleur moyen pour évacuer cette baisse de régime, et la fatigue qui en résulterait était la meilleure de toute.

A un moment, Romane perdue dans ses pensées, cru revoir le mec blond au teint diaphane qu’elle avait déjà remarqué à la cérémonie pour les victimes. Il était à moitié caché derrière les buissons du fond du terrain, du moins c’est ce qu’elle avait cru voir. Mais quand elle arriva à leurs niveaux, les buissons étaient seuls et aucun homme ne se trouvait là. Juste une jolie plume blanche au sol et quelques coquilles de noix rongées.

C’était vraiment étrange. Ça lui arrivait de plus en plus souvent. Elle se sentait surveillée, avait l’impression de voir des personnes qui finalement n’étaient pas là. Est-ce qu’elle perdait la tête ? Si ça se trouve, elle était schizophrène… Elle continua ses tours de terrains sans se soucier du temps qui défilait, ni même de ce qui se passait vraiment autour d’elle. Puis, à la fin des deux heures de cours, Damien l’attrapa par le bras et la sortie de sa léthargie. Elle enleva ses écouteurs toute essoufflées et Damien, un garçon de sa classe, lui dit : « T’as pas entendu la prof ? Elle a dit qu’on pouvait y aller. Lui aussi était essoufflé et apparemment il avait couru rien que pour pouvoir la rattraper et la prévenir.
– Désolée, je n’ai rien entendu avec la musique, s’excusa-t-elle. Merci, je finis mon tour et j’y vais. »

Elle arriva jusqu’au vestiaire qui était déjà désert et trop silencieux, et passa un long moment à se regarder dans un des miroir. Elle était rouge, trempée de sueur, sa longue queue de cheval noir dégageait ses grands yeux sombres mais inquiets. Elle avait tout le temps peur d’être seule. Tout ce silence qui semblait résonner dans sa tête. Il n’y avait que ce petit flip-flop de l’une des chasses d’eau, un peu plus loin. Et elle flippait que quelqu’un sorte d’un des toilettes. Le blond, on même Grégoire avec ce visage de diable tatoué dans le dos. C’était complètement absurde ! Et ça la mettait en colère d’être aussi peureuse. Une colère qu’elle avait de plus en plus de mal à réprimer… Ça commençait à devenir pesant cette sensation de malaise. Quand est-ce que tout cela allait passer ? Quand est-ce qu’elle se sentirait mieux ? Parce que là, elle se faisait pitié toute seule. Elle avait l’air de ces petites victimes fragiles qui voient leur passé comme des obstacles trop difficiles à surmonter et se roulent dans leur désespoir pour se faire plaindre.

Du moins, c’est comme ça qu’elle se voyait à cet instant. Elle senti les larmes monter dans ses yeux et la honte dans son cœur aussi, une honte tellement forte qu’elle lui donnait la nausée. Mais elle ne voulait pas craquer ici, alors elle se changea en vitesse, attrapa son sac et s’enfuie sans prendre la peine de lever la tête quand elle croisa sa prof en sortant. Elle voulait se réfugier le plus vite possible chez elle, en sécurité, là où rien ne pouvait l’atteindre. A ce moment seulement, elle prendrait le temps de prendre une bonne douche pour se détendre.

Un petit commentaire ?

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s